Gestion des ressources biologiques animales

A travers ce site interactif, nous analysons comment s’articulent les enjeux et les priorités de la gestion des ressources biologiques animales en France. Notre principale hypothèse est qu'il existe des controverses interdépendantes autour de l'appropriation des ressources, des objectifs de la conservation et de la sélection et des modalités de mise en œuvre de ces deux enjeux.

Les controverses seraient ainsi dépendantes des événements ayant jalonné l’histoire des grandes innovations technologiques ou des changements de régulation technique et juridique liés à la prise en compte croissante de la gestion des ressources biologiques animales, mais aussi des représentations qu’ont les acteurs sur ces questions. Enfin nous tâchons également de démontrer comment la gestion des ressources biologiques animales se retrouve au cœur du débat sur l'appropriation du vivant.

Les ressources biologiques animales : de quoi parle t-on ?

La gestion des ressources biologiques animales est un sujet brûlant d’actualité. En effet, on observe une prise en compte croissante de l’intérêt scientifique et politique sur le sujet. Ainsi, le Centre de Ressources Biologiques animales (CRB Anim) a été créé en 2012 et permet de conserver du matériel reproductif et du matériel génomique pour les espèces d’animaux domestiques élevées en France. Il a pour objectif de répondre à : “l'érosion de la biodiversité, en particulier dans les espèces d'élevage soumises à une sélection intensive, et l'essor de la génomique”.

Les ressources biologiques ont été définies par la Convention sur la diversité biologique adoptée en 1992 et constituent “les ressources génétiques, les organismes ou éléments de ceux-ci, les populations ou tout autre élément biotique des écosystèmes ayant une utilisation ou une valeur effective pour l'humanité“. La gestion des ressources biologiques animales se décline sous plusieurs approches, et porte à controverse au sein de sphères variées d’acteurs : éleveurs, chercheurs en génétique, biologistes, épidémiologistes, agences étatiques, pouvoirs publics...

L’angle d’analyse choisi

Après un criblage méthodique des sujets portant à débat, nous avons pu distinguer deux grandes priorités dans la gestion des ressources biologiques animales :

  • d’une part, la thématique de la conservation de ces ressources,
  • d’autre part, la thématique de la sélection génétique ou génomique des ressources animales.

Ces thématiques sont elles-mêmes soumises à controverses, portant à la fois sur les moyens, c’est-à-dire les méthodes utilisées pour conserver ou sélectionner les ressources biologiques, et les finalités, c’est-à-dire les objectifs proposés pour justifier la pertinence de ces deux méthodes de gestion.
Dans cette optique, nous avons envisagé un modèle d’analyse qui considère les controverses relatives à la gestion des ressources animales en tension entre ces deux priorités de gestion.

La sélection au coeur de la gestion des ressources biologiques animales

Les méthodes de sélection sont choisies en fonction des caractéristiques pertinentes que les acteurs souhaitent exploiter chez l’animal. Elles peuvent être de l’ordre de la sélection génétique (on estime les valeurs des caractères génétiques des descendants) ou de l’ordre de la génomique (la valeur d’un individu d’une espèce est estimée précisément pour lui-même à sa naissance). De plus, dans les petites structures d’élevage traditionnelles, la sélection peut aussi s’opérer de manière “naturelle”, c’est-à-dire par l’éleveur lui-même, sans opération scientifique. Ce dernier décide ainsi de la race qui convient le mieux à son activité, et écarte de ses troupeaux les animaux des races les moins productives. Ainsi, choisir de n’élever que la race de vache Holstein pour sa meilleure productivité laitière est une méthode de sélection “naturelle”. La sélection est notamment employée à des fins d’amélioration des caractéristiques des espèces (par exemple on peut choisir une race particulière pour ses capacités laitières ou pour la qualité de sa viande, ce sont alors des critères de production et de qualité des produits mais on peut aussi sélectionner une race sur des critères morphologiques ou fonctionnels).

La conservation des ressources à l’origine de tensions

La conservation des ressources est un autre aspect de la gestion des ressources biologiques. Elle peut s’effectuer in situ, c’est à dire dans le milieu d'élevage ou dans l’habitat naturel des animaux, ou ex-situ, par la cryo-conservation (méthode de conservation par le froid de cellules et de tissus vivants). Ces différentes pratiques portent également des enjeux différents, sujets à controverses entre les acteurs, puisque la conservation peut avoir comme objectif la sécurité alimentaire, la conservation des systèmes de production actuels, la préservation du patrimoine pour les générations futures, ou encore la protection de l’environnement.

La régulation, vecteur de transformation de la gestion des ressources biologiques

Tous ces aspects font partie intégrante de la gestion des ressources biologiques animales, et sont dans leur ensemble soumis à certaines formes de régulation. Cette régulation s’exprime sur le plan technique (contrôle des performances lors de la sélection des reproducteurs chez les bovins, index de valeur génétique, critères de qualité, biosécurité...), juridique (la réglementation européenne amenant parfois à une complexification de certaines pratiques) et économique (l’intérêt d’une filière économique peut se révéler être un critère de conservation). Les différentes formes de régulation contribuent aussi largement aux controverses liées à la thématique de l’appropriation du vivant (contrats, brevets, droits de propriété intellectuelle… qui est finalement détenteur de la ressource et qui a le droit de l’exploiter ?).

Cartographie des controverses

Découvrez les nombreuses controverses liées à la gestion des ressources biologiques animales.